26 Juil, 2022
Catégorie.s : Découvertes

Bastien Pointillart, la Champagne tranquille

Nouveau venu du paysage champenois, Bastien Pointillart dévoile cette année sa micro-production de coteaux, qu’il élabore à Chamery depuis plusieurs années. Discret mais résolu, il est de cette génération pour laquelle les vins tranquilles de Champagne ne sont plus relégués au second plan. Ses vins libres et originaux en témoignent.

Nous avons découvert les vins de Bastien au Chamery Circus. Ce joyeux salon rassemble les producteurs du village de Chamery, premier cru de la montagne de Reims, mais sa principale spécificité réside ailleurs. Pour faire découvrir leur terroir autrement, les vignerons n’y présentent pas leurs champagnes : seuls les coteaux-champenois ont droit de cité. Pour Bastien Pointillart, il s’agit en fait d’une évidence : sa gamme, qu’il présente pour la première fois cette année, est pour l’instant uniquement composée de coteaux.

Étonnant ? Lorsqu’on lui demande pourquoi il se concentre sur les vins tranquilles, Bastien explique simplement : « Je voulais faire les vins que j’aime boire… et faire du vin simplement ». Avant d’ajouter, avec un sourire tranquille : « pour produire du champagne, il faut ajouter le remuage, le dégorgement… tout est plus compliqué ». À 31 ans, le jeune vigneron de Chamery cultive sa vigne sans vouloir se retrouver prisonnier de celle-ci. À côté du vin, il rêve de produire son propre pain avec des céréales locales. Vigneron à mi-temps et à contre-courant, Bastien est pourtant représentatif de cette nouvelle génération de vignerons champenois, persuadée du potentiel de la région à produire de grands vins tranquilles.

Des vins tranquilles au pays des bulles

Coteaux-champenois, c’est donc le nom donné à l’appellation qui regroupe les vins tranquilles produits dans la plus célèbre région de bulles. Dans la région, les instances du champagne ne permettent pas de déclasser sa production en vin de France. L’AOC coteaux-champenois offre cependant un terrain d’expérimentation assez large : rouges, rosés, blancs (parfois en blancs de noirs, avec le pinot noir et le meunier) et même… oranges. Les premiers exemples de coteaux blancs de macération, comme le chardonnay 2020 de Bastien, commencent ainsi à apparaître sur les cartes des vins.

Faire naître un vin tranquille intéressant dans cette région septentrionale et fraîche nécessite toutefois quelques adaptations. S’il est admis que les vins de base légers, aux acidités élevées, conviennent bien à la production d’effervescents, une recherche de maturité supplémentaire est souvent nécessaire pour produire des beaux coteaux-champenois. À la faveur du réchauffement climatique, le niveau général des vins a augmenté ces dix dernières années, et les coteaux ont le vent en poupe. Mais c’est aussi un changement de paradigme qui anime les meilleurs vignerons de Champagne : récolter à juste maturité pour produire des vins sains et bons, sans artifices, en tranquille comme en effervescent. Une philosophie qui passe par une approche globale, impliquant des changements de pratiques culturales (limitation des rendements, vendange plus tardive) et des vinifications adaptées.

Vignes de Bastien Pointillart à Chamery
La parcelle des Chaillets (chardonnay) de Bastien Pointillart, à l’orée de la forêt de Chamery. Des essences comme le noyer, le saule et le frêne peuplent spontanément les vignes.

Une production singulière

Ces changements, il a fallu quelques années à Bastien pour les mettre en place. Comme beaucoup de jeunes vignerons champenois, Bastien Pointillart a commencé à travailler une partie du vignoble familial, dont les raisins étaient jusqu’alors livrés à la coopérative locale. Depuis 2014, il commence à isoler une petite partie des parcelles pour vinifier et mettre en bouteille sa micro-production. Puisque le domaine ne dispose pas d’un outil de production, il vinifie ses premiers millésimes chez des amis vignerons de Chamery. Le domaine Bertrand-Delespierre (également dans notre sélection) accueille ainsi les premières vendanges de Bastien, de 2014 à 2017.

Le coup de main est de taille, mais Bastien n’a pas encore une marge de manœuvre totale, notamment sur le choix des dates de récolte. Il vinifie alors des vins clairs, qui serviront à la fois de base à des champagnes et à quelques coteaux champenois. Bastien les laissera vieillir tranquillement en bouteille avant de les commercialiser cette année, sous le nom de la structure familiale (Pointillart-Baillet).

En 2018, Bastien investit finalement la cave de la maison de ses grands-parents à Chamery. Son petit pressoir désormais bien à lui, il se concentre sur la production de vins tranquilles. Il repousse les dates de vendanges pour chercher des maturités adaptées et joue sur les macérations, en rouge comme en blanc. Une production singulière dans le paysage champenois… avant que le millésime 2021, avec son cycle de maturation difficile perturbée par de fortes pluies, ne le pousse à faire à nouveau de la bulle.

Bastien Pointillart et Pointillart-Baillet : les différents millésimes

Les premiers vins de Bastien, qu’ils sortent sous son nom ou celui de la structure familiale (Pointillart-Baillet), sont disponibles depuis cette année. La méthode et le profil des vins ont véritablement changé avec la récolte 2018, mais tous les vins ont des profils différents – et chacun a son intérêt. Retrouvez l’ensemble des cuvées à emporter ou sur la carte des vins de notre bar.

Coteaux champenois blanc 2017 (Pointillart-Baillet) : blanc de noirs issu intégralement de meunier, c’est le dernier millésime avec une maturité champenoise classique. Il en résulte beaucoup de vivacité sans grande longueur, une acidité quasiment électrique qui se marie bien au profil du meunier pressé directement : des arômes de fruits à noyau, voire de kirsch, qui surprennent et donnent au vin son caractère particulier.


Coteaux champenois blanc 2020 (Bastien Pointillart) : on découvre ici quelque chose de beaucoup plus original avec ce chardonnay macéré entre 5 et 6 jours puis vinifié totalement sans soufre. Mûr et charnu, il donne l’impression de pénétrer dans un verger avant qu’une belle amertume apparaisse et porte la finale. Un profil atypique, plein d’énergie, dont la texture permettra de nombreux accords après quelques mois de garde. Un coup de cœur.


Coteaux champenois rouge 2018 (Bastien Pointillart) : moitié pinot noir, moitié meunier. Sans soufre. Les raisins mûrs du millésime 2018 ont macéré 3 semaines et donné naissance à un rouge floral, délicat et original. À la fois mûr et gracile, avec un soupçon de fragilité.


Coteaux champenois rouge 2019 (Bastien Pointillart) : pinot noir uniquement pour ce 2019. Vinifié de la même manière que 2018, c’est un pinot frais, de climat froid, avec une pointe de végétal qui lui va bien. Fragile (léger acétate) et gracile lui aussi, il a le potentiel pour vieillir quelques années.

Bastien Pointillart coteaux
Les coteaux champenois de Bastien Pointillart, blanc, rouges et orange

Pour finir par un paradoxe, la prochaine cuvée de Bastien sera effervescente ! Un champagne issu de chardonnay (récolte 2014) verra le jour en fin d’année, après une longue période de vieillissement en cave. Une bulle sur laquelle nous avons eu un coup de cœur – nous aurons bientôt l’occasion de vous en dire plus.

Robin

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

lire d’autres articles