27 Avr, 2022
Catégorie.s : Découvertes

Chez Julie Balagny : accueil et convivialité en Beaujolais

L’automne dernier, nous nous sommes rendus à Romanèche-Thorins découvrir Julie et son univers. Les vendanges et le gros des fermentations sont alors terminées : l’heure est donc à la fête. Dans cette joyeuse pagaille arrosée de gamay, Julie Balagny, icône discrète du Beaujolais, nous parle de son parcours.

Parisienne de naissance mais beaujolaise d’adoption. Julie Balagny n’était pas prédestinée à devenir vigneronne – c’était sans compter sur l’appel du grand air. En 1999, elle quitte Paris pour Montpellier, où elle se forme à la viticulture et à l’œnologie. Elle travaille d’abord à Perpignan, puis chez Terre de Chardon, un domaine en biodynamie dans les Costières. Au pays des vins gorgés de soleil, Julie se forge son goût à elle, et parvient à donner un supplément de fraîcheur aux jus. C’est également à cette époque qu’elle rencontre, au détour d’une soirée, un certain Yvon Métras. Le vigneron emblématique du Beaujolais la convainc alors de venir s’installer à Fleurie.

Portrait Julie Balagny
Portrait de la vigneronne Julie Balagny

Le Beaujolais comme terre d’accueil

Pourquoi s’être laissée séduire par la région ? « C’est une terre d’accueil », nous répond simplement Julie. Loin des querelles de clochers qui peuvent animer d’autres vignobles, il règne en Beaujolais une atmosphère de franche camaraderie. Ainsi qu’un vrai sens de l’hospitalité : en 2009, Yvon Métras accueille Julie Balagny et lui trouve 8 hectares (trois de vignes, trois de bois et deux de prairies). Julie signe dans la foulée son premier millésime dans la cave d’Yvon. 

Aujourd’hui, c’est en franchissant la porte de chez Julie qu’on retrouve ce même goût du partage. Au milieu du village de Romanèche-Thorins, son grand corps de ferme et sa vaste cour centrale voient se côtoyer poules, moutons, invités et amis dans une atmosphère toujours chaleureuse. Lors de notre visite, nous y croisons notamment Monsieur Ito, importateur japonais de vins naturels, et Sylvain Chanudet, vigneron du cru qui endosse ce soir-là le rôle de forçat du pressoir.

Chez Julie Balagny
Chez Julie Balagny à Romanèche-Thorins

« C’est une façon pour moi de perpétuer cette tradition et ce sens de l’accueil », nous glisse Julie au milieu de tout ce beau monde. Un trait de personnalité qui vient compléter le portrait de cette vigneronne humble, discrète et sensible, dont les vins fascinent souvent, rassemblent toujours.

Carbo or not carbo

Les vins, parlons-en ! « Je fais une vraie carbo » nous explique Julie, qui ne parle pas de la recette de pâtes mais bien de macération carbonique. Cette méthode de vinification, perfectionnée par Jules Chauvet et rendue célèbre dans le Beaujolais, consiste à encuver les baies de raisin intactes, sans les fouler ni les égrapper, et à saturer la cuve en C02. Se produit alors une réaction enzymatique intracellulaire (au cœur de la baie non pressée) qui va dégrader l’acide malique du raisin pour produire quelques degrés d’alcool et développer des arômes fruités caractéristiques. 

Voilà pour les puristes. Dans les faits, il existe presque autant de variantes de cette méthode que de vignerons. On parle ainsi de « semi-carbo » lorsqu’on encuve les raisins sans saturer préalablement le milieu de gaz carbonique. On profite alors d’un phénomène d’auto-pressurage : les raisins du haut de la cuve « écrasent » ceux situés en dessous d’eux, la fermentation alcoolique démarre dans le jus alors libéré, et produit donc du C02… qui entraîne les réactions intracellulaires déjà mentionnées dans le haut de la cuve. Cette technique est plus proche de ce que réalise Julie : les raisins passent 24 heures dans une chambre froide avant d’être mis en grappes entières dans des cuves béton, pour 3 semaines de macération carbonique. Le jus n’est pas systématiquement retiré des cuves.

Le pressurage du gamay
Le viticulteur Sylvain Chanudet à l’œuvre sur l’ancien pressoir mécanique de Julie Balagny

À la suite de la macération, le marc est récupéré et pressé (fortement), à l’aide d’un ancien pressoir mécanique, pour obtenir un jus de presse qui donnera leur structure caractéristique aux vins du domaine. Selon les cuvées, les vins sont élevés dans un ensemble de cuves béton ou fibre de verre, de demi-muids de plusieurs vins et de vieux fûts. Les vins ne sont ni filtrés, ni collés, et sont mis en bouteille sans aucun ajout de S02

Les cuvées de Julie Balagny

Julie a d’abord exploité 3 hectares d’un seul tenant à Fleurie. Deux terroirs distincts, En Rémont et Cayenne, y donnent naissance à deux cuvées. En Rémont constitue un terroir granitique riche en quartz, alors que Cayenne est partagée entre sous-sol de granite et de basalte. Ces deux parcelles sont très pentues et donc non mécanisables. En Rémont, Julie réalise également la sélection intra-parcellaire Simone, dans laquelle elle isole ses vieilles vignes centenaires sur les sols les plus riches en quartz.

Crus du Beaujolais
Panorama du vignoble des crus du Beaujolais

Quelques parcelles en fermage ainsi que du négoce ont ensuite permis d’étoffer la gamme. En plus des cuvées en propriété existent aujourd’hui B…j.l..s (fermage, dans les beaujolais-villages), Docteur Briçou (fermage à Moulin-à-Vent) et Minouche (achat de raisins bio à Saint-Amour).

Les vins décrits ci-dessous sont actuellement disponibles à la cave et au bar. Vous pouvez retrouver l’ensemble de nos références en suivant ce lien.

Vin de France Minouche 2020

Minouche est issue de raisins de Saint-Amour dont Julie élève les jus pendant 8 mois en cuve et vieux fûts. Selon la vigneronne, le millésime 2020 a été un casse-tête. Pourtant, nous retrouvons dans la bouteille un vin friand, qui a conservé beaucoup de fraîcheur. À l’image des autres vins de Julie, le nez est parfumé, fruité, avec une légère fragilité qui lui donne tout son charme. L’attaque et le milieu de bouche sont très fluides, c’est en finale qu’on perçoit le surplus de structure apporté par la presse.

Vin de France B…j.l..s 2020

Des vignes en fermage sur la commune d’Émeringes (Beaujolais-villages), au sud de Juliénas, donnent naissance à cette cuvée. Les sols y sont majoritairement argilo-sableux. Cette cuvée a plus de structure que Minouche, mais on y trouve également la fraîcheur insufflée par Julie dans ce millésime solaire qu’est 2020.

Fleurie En Rémont 2020

Enfin, En Rémont est l’une des cuvées historiques, issue des parcelles granitiques de Fleurie. Julie l’élève pendant 8 mois en barriques et demi-muids. Nous trouvons la bouche superbe, séveuse, et à ce stade (novembre 2021) plus accessible que celle de Cayenne ou Simone. De façon générale, les vins de Julie ont de la mâche et gagnent à être attendus : c’est après quelques années de bouteille qu’ils dévoilent le mieux leur charme et leur délicatesse.

Pierre

1 Commentaire

  1. MB

    Super vigneronne, et bravo pour cet article qui la met à l’honneur!

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

lire d’autres articles